Ils en salivent déjà

Méconnue, la sécheresse buccale touche plus de huit millions de Français. La mise sur le marché, le 8 février, du premier équivalent salivaire redonne espoir à ces malades trop souvent ignorés.

 

La bouteille deau est la meilleure alliée des personnes atteintes dun syndrome sec. Sans elle, la panique sinstalle.

La bouteille d’eau est la meilleure alliée des personnes atteintes d’un syndrome sec. Sans elle, la panique s’installe.



A première vue, cette affection paraît anodine, mais la salive est un élément essentiel à notre organisme. Elle permet l’installation dans la bouche de « bonnes » bactéries, protégeant les muqueuses et les dents contre les infections. Leur rôle consiste à lutter contre les « mauvaises » bactéries provenant de l’extérieur, en créant une sorte de film protecteur bactéricide. Sans elle, les dents se fragilisent, par manque de calcium. Les muqueuses et les gencives s’inflamment, des aphtes apparaissent, les dents se déchaussent, l’haleine se dégrade… Garder une hygiène buccale correcte s’avère souvent impossible et les visites chez le dentiste se multiplient.

Les troubles causés par la carence en salive dépassent l’imagination des profanes. Au quotidien, la gêne est constante, lancinante, handicapante. « Ça fait dix ans que je mange mixé, de préférence liquide, explique Catherine Faou, présidente de l’Association française du Gougerot-Sjögren et des syndromes secs (AFGS), gravement atteinte par la maladie. Pour les dîners, j’évite d’aller manger chez des amis. La dernière fois, j’ai dû aller me faire vomir aux toilettes. » Pour faciliter la déglutition, il faut modifier ses habitudes alimentaires : manger « mouillé » (salade, soupe…), bien mastiquer et éviter certains produits comme la tomate, le thé, le café, les cacahuètes, les biscuits, le vinaigre, l’alcool…


Une maladie en forme de harcèlement 

La salive est indispensable à une bonne diction. Elle permet à la langue de glisser naturellement dans la bouche. En son absence, il devient très difficile de parler distinctement. Pour certaines professions, où la parole est primordiale, c’est un véritable chemin de croix. Instituteurs, commerciaux, politiques… Un syndrome sec peut venir bouleverser une carrière, une existence.



Brigitte Meunier Quinsac (à gauche) et Maryse Puyau, échangent des conseils, des astuces avec les autres membres   de lAFGS pour atténuer leurs souffrances.

Brigitte Meunier Quinsac (à gauche) et Maryse Puyau, échangent des conseils, des astuces avec les autres membres de l’AFGS pour atténuer leurs souffrances.



Dans le combat permanent des ces malades face à la sécheresse, la bouteille d’eau est une alliée fidèle. Elle permet de compenser le manque d’hydratation de la cavité buccale. « Je bois environ quatre litres d’eau chaque jour, lance Catherine Faou. La conséquence directe, c’est que je passe ma vie à repérer les toilettes. Dès que je me rends dans un endroit qui m’est inconnu, c’est la première chose que je fais. » Toutes les nuits, la maladie perturbe le sommeil des malades. Ils se réveillent avec la bouche déshydratée, la respiration haletante, la langue collée au palais. Là encore, la bouteille d’eau n’est jamais loin.

Les causes de la xérostomie sont multiples. Le facteur le plus fréquent est le vieillissement. En France, 60 % des personnes de plus de 65 ans sont concernées. Avec l’âge, l’apparition d’un syndrome sec devient systématique. Et plus on vieillit, plus les symptômes s’aggravent. « C’est l’une des explications à la vague de mortalité qui a frappé les personnes âgées lors de la canicule de 2003, analyse Catherine Faou. Trop habituées à avoir la bouche asséchée, elles ne se sont pas rendues compte de leur état grave de déshydratation ».

La deuxième cause de sécheresse buccale, ce sont les médicaments utilisés pour lutter contre d’autres pathologies.  Nombre d’entre eux entrainent une déshydratation permanente, en particulier les psychotropes employés pour combattre la dépression. La France étant l’un des pays consommant le plus d’antidépresseurs, la quantité de malades suit la tendance. Certains diurétiques, ou des traitements pour le diabète, engendrent aussi des troubles salivaires. Dans ce cas, il est nécessaire de changer de médicament, si possible.

La diminution de la production de salive s’explique parfois par des raisons psychologiques. Le stress, la dépression, les angoisses… Elle peut aussi résulter d’une maladie systémique, touchant plusieurs organes et affaiblissant le système immunitaire. C’est le cas du diabète, du syndrome de Gougerot-Sjögren ou de l’amylose. La radiothérapie, utilisée contre les cancers, est également une cause inéluctable de dessèchement.


Le Novasial cristallise tous les espoirs

Les patients atteints de sécheresse buccale regrettent le manque de considération des laboratoires pharmaceutiques et d’information des médecins. Actuellement, il n’existe aucun traitement qui guérit ce mal. Pour améliorer la vie des tous les jours, les malades jonglent entre les solutions de confort et les petites astuces stimulant les glandes salivaires. Chewing-gum, bonbons sans sucre, bains de bouche… Tous les moyens sont bons pour diminuer la souffrance.

Sur le plan pharmaceutique, c’est le désert. Il existe bien des sprays buccaux, des dentifrices et des gels humectant, censés aider les malades, mais leurs effets demeurent limités. Depuis des années, les patients atteints d’un syndrome sec utilisent des substituts salivaires, des gélules à base de pilocarpine ou des médicaments homéopathiques, tels que la teinture mère de Jaborandi. « Tout ce qu’on prend, c’est seulement pour notre confort, résume Brigitte Meunier Quinsac, responsable de l’antenne girondine de l’AFGS. Nous n’avons aucun espoir de guérison ».



Comme lexplique Philippe Perovitch, le Novasial, dénué de goût, est révolutionnaire pour ces malades souffrant de graves déformations gustatives.

Comme l’explique Philippe Perovitch, le Novasial, dénué de goût, est révolutionnaire pour ces malades souffrant de graves déformations gustatives.



Face à ce vide, la mise sur le marché du Novasial, la semaine dernière, a déclenché une vague d’espoir chez les malades. Ce premier équivalent salivaire est le fruit de la collaboration de trois scientifiques aquitains : Marc Maury, docteur en pharmacie et fondateur d’une entreprise de développement pharmaceutique, Jean Deymes, stomatologue spécialiste des syndromes secs à l’échelle européenne, et Philippe Perovitch. « Ce produit, à base de blanc d’œuf, est la copie parfaite de la salive », affirme ce dernier. Il contient 80 protéines qui permettent d’en reproduire les propriétés. »


Un produit efficace, pas miraculeux

Les premiers tests sont concluants, avec notamment une amélioration notable du sommeil, permettant d’atténuer la fatigue chronique. Catherine Faou a eu la chance de recevoir des échantillons de Novasial et de les expérimenter : « J’y crois très fort ! Au départ, j’étais méfiante car les autres produits sont infâmes et inefficaces. Celui-ci n’est pas écœurant, car son goût est neutre,  et il permet de reproduire la texture mousseuse de la salive naturelle. » Il maintient la bouche humide pendant une durée comprise entre 1h et 1h30.

Vendu librement sous la forme de sticks, le Novasial se prend avant les repas, une conversation ou un effort. Il n’a pas vocation à remplacer  la salive naturelle de manière permanente, mais à aider les patients dans les moments les plus délicats de leur existence.

« J’ai passé ma première commande mardi, s’exclame Brigitte Meunier Quinsac. On m’en a beaucoup parlé, en bien, mais je trouve ça quand même un peu cher. » La boîte de 30 doses de cinq milligrammes est vendue sept euros, auxquels il faut ajouter sept euros de frais de port. Pour l’instant, le produit n’est accessible que sur la toile et n’est pas remboursé par la sécurité sociale. Les laboratoires pharmaceutiques s’en désintéressent.

En attendant la découverte d’un traitement, peu probable, les personnes souffrant d’un syndrome sec évoquent la nécessité de mieux former, et informer, les professionnels de la santé. « Les médecins ne connaissent pas toujours ces troubles, regrette Maryse Puyau, membre de l’AFGS. Au départ, comme souvent, ils me disaient que cela venait simplement de problèmes psychosomatiques, psychologiques. » Face à l’ignorance générale, Vénus Williams a permis de mieux faire connaître ces maladies trop souvent négligées. Touchée par le syndrome de Gougerot-Sjödren, la joueuse de tennis américaine a été contrainte de déclarer forfait à l’US Open 2011. Une ambassadrice de poids, c’est peut-être ce qu’il manque à ces malades pour faire entendre leur voix.


Guillaume Huault-Dupuy

La Saint-Valentin 2.0, quand la toile s’enflamme

HUMEUR.

Tous les ans c’est la même rengaine, le même match : les « pro » contre les « anti » Saint-Valentin. Les épanouis contre les frustrés. De part et d’autre, les arguments fusent, bien qu’éculés : « fête commerciale et vide de sens » vs. « réminiscence du romantisme perdu ». Nouveau théâtre de ce pugilat des sentiments : internet et les réseaux sociaux. Seuls 8 % des hommes, et 20 % des femmes, parlent positivement de la Saint-Valentin sur Twitter (source). Sur la toile, on s’en donne à cœur joie.

A l’heure de la déclaration en 140 signes, la Saint-Valentin truste logiquement le top des sujets les plus mentionnés. Contraints par les exigences de la brièveté, les twittos célibataires affûtent leurs commentaires, entre sarcasme et méchanceté crue. Prenons @Nawnawh par exemple, qui twitte rageusement : « Saint Valentin… Cupidon si je te trouve je te fous tes flèches dans le cul ! » ou les innombrables « Fuck la Saint-Valentin »  qui trustent votre Tweet Line. Pourquoi tant de haine et pourquoi l’afficher aux yeux de tous ? Mais même en mal, parler de la Saint-Valentin revient à lui accorder de l’importance.

Face à ces hérétiques, les défenseurs de l’amour avec un grand « A » restent majoritaires sur les réseaux sociaux. Afficher son côté fleur bleue aux yeux de tous est devenu banal. Entre déclarations d’amour dégoulinantes (@MainaPhoto : « Joyeuse Saint-Valentin à tous les amoureux de la vie <3 <3 <3 <3 <3 <3 <3 ») et conformisme convenu (le classique « bonne Saint-Valentin à tous »), les messages pleuvent, au milieu des annonces de fleuristes ou de parfumeurs. Cette profusion de rose bonbon et de mots doux en viendrait presque à dégoûter les romantiques les plus fervents.

Pour les « pro » comme pour les « anti », la Saint-Valentin demeure un passage obligé. Comme Noël ou le nouvel an, il faut s’y plier, au risque de créer quelques remous. Mieux vaut se fâcher avec sa famille ou ses amis qu’avec sa moitié. Si elle déteste la Saint-Valentin, offrez lui des roses. Si elle adhère, ajoutez le resto et le champagne. Rien d’insurmontable. Et pour tous les célibataires, déprimés en ce jour funeste, remuez vous les fesses et allez donc draguer sur Twitter ou Facebook !

Guillaume Huault-Dupuy

Réchauffement climatique : l’avenir incertain du captage-stockage du Co2 

 Avec 158 projets-pilotes à travers le monde, le captage-stockage du Co2 (CSC) est l’une des solutions envisagées pour réduire l’effet de serre. Mais de nombreux obstacles s’opposent à la mise en pratique industrielle de cette technologie.

Le GIEC estime que le CSC pourrait représenter 15 à 55% des réductions des émissions de CO2 nécessaires pour   stabiliser le changement climatique. [La centrale électrique Amercentrale aux Pays-Bas] ©EssentNieuws




Principalement composées de dioxyde de carbone (Co2), les émissions de gaz à effet de serre participent au réchauffement de la planète en emprisonnant la chaleur dans l’atmosphère terrestre. Pour lutter contre ce fléau, sans trop contraindre l’industrie et au développement économique d’un pays, le captage-stockage du Co2 (CSC) apparaît comme une solution séduisante. Face aux quotas d’émissions imposés par l’Union européenne, il permettrait aux industriels d’augmenter considérablement leurs niveaux de production sans être sanctionnés.

Cela fait plus de 20 ans que l’on projette de réduire les rejets de Co2 en le stockant dans le sous-sol. Le principe est de capter directement le Co2, avant son rejet dans l’atmosphère, et de l’injecter, sous une forme stable, dans d’anciens gisements de gaz ou de pétrole par exemple. On estime la capacité de stockage souterrain entre 1.000 et 10.000 milliards de tonnes de Co2, à comparer avec les 30 milliards de tonnes rejetées dans le monde tous les ans.


Un procédé efficace mais très coûteux

Pour l’heure, le plus gros défaut du CSC est son prix. « Le captage revient à 20€ par tonne environ, le stockage à 10€ et le transport à quelques euros, explique Jacques Jacobs, président du pôle de compétitivité Avenia spécialisé dans les sous-sols profonds. Cela revient à 40€ la tonne de Co2 évité, contre un coût d’à peu près 5€ sur le marché actuel du carbone, dans le cadre des transactions de quotas d’émissions européens. Pour le moment, cela n’a pas un grand intérêt économique. » La mise en place d’installations visant à capter le Co2 dans les fumées d’usines s’avère également très onéreuse. Avec la crise économique, le prix de la tonne de carbone a diminué – elle était de 22€ en 2008 – et les Etats d’autant moins enclins à engager des sommes astronomiques pour la préservation de l’environnement.

Pour Jacques Jacobs, dans le cas de la production d’électricité, qui représente une part importante des émissions, « la seule façon de développer la filière serait d’inclure le coût de ce type de stockage dans la facture ». Si elle était appliquée, cette mesure entrainerait automatiquement une hausse considérable du prix de l’énergie, préjudiciable aux particuliers mais surtout aux entreprises et à leur compétitivité. Une étude a démontré l’année dernière que les projets-pilotes soutenus par l’Union européenne ne seront pas compétitifs avant le début des années 2020. Et ce, en complément du développement des énergies peu émettrices en carbone (éolien, solaire, nucléaire).

Actuellement, il n’existe aucun véritable projet industriel dans le domaine. Les experts sont toujours divisés sur la question du développement de la filière CSC. Certains scientifiques estiment que le CSC est inutile pour le moment, que l’on peut attendre 2035. L’écart entre les pessimistes et les optimistes s’explique par l’absence de cadre légal, l’instabilité du prix de l’énergie et l’inconnue de l’acceptabilité par les populations du changement climatique.


L’obstacle de l’acceptation du CSC par l’opinion

« Nous maîtrisons parfaitement les étapes de l’injection et de la mise sous pression du Co2 sous terre mais il existe toujours des risques infimes de remontée du gaz en surface, par des fissures, indique Corinne Loisy, enseignant-chercheur à l’Institut EGID de Bordeaux 3, qui travaille sur la menace d’éventuelles fuites dans le stockage du Co2. Il faut faire une étude géologique poussée en amont mais le stockage en milieu naturel, très hétérogène, peut réserver des complications. » Pour prévenir ce type de risques, la surveillance des sites de stockage, grâces à des capteurs en surface, est inévitable. Pour Jacques Jacobs, « c’est à peu près la même problématique que pour les déchets nucléaires ».

Ces aléas, mêmes s’ils sont a priori maîtrisés, posent le débat de l’acceptabilité sociétale du CSC. « Lorsque le premier projet-pilote a été mis en place à Lacq, près de Pau, les gens pensaient que le stockage de Co2, à quatre kilomètres de profondeur, pouvait modifier le sol du vignoble de Jurançon, relève Jacque Jacobs. C’est un débat irrationnel car même si le gaz remontait par des failles, il mettrait plusieurs siècles à atteindre la surface. » En cas de fuite soudaine, des simulations permettent de prédire le danger. Le problème se situe plus dans la méfiance populaire vis-à-vis des installations industrielles en général. Un sentiment renforcé par le faible impact économique du CSC qui ne crée pas les emplois qui permettraient de faire passer la pilule.

« Au départ, je n’étais pas tellement d’accord pour orienter mes recherches vers le stockage de Co2, avoue Corinne Loisy. J’estimais qu’il valait mieux ne pas produire de Co2 du tout que de l’emprisonner. Mais c’est impossible actuellement donc je me suis penché sur cette technique pour ne pas rester les bras croisés. » Pour que la planète reste vivable, il va falloir mettre en œuvre des technologies multiples. A lui seul, le CSC n’est pas la solution miracle pour lutter contre le réchauffement climatique. Une très grande partie des efforts à fournir réside dans les économies d’énergie et le développement des énergies renouvelables, en parallèle de la réduction de la consommation des énergies fossiles. Pour cela, il faudrait fixer un cadre légal réellement contraignant de règlementation des émissions de Co2, ce qui n’est pas le cas du protocole de Kyoto actuellement en vigueur.

Guillaume Huault-Dupuy

Une éponge ancestrale repousse la date d’apparition des premiers animaux

La découverte en Namibie de fossiles de minuscules éponges fait reculer de 100 à 150 millions d’années les origines de la vie animale.

Otavia Antiqua est la plus ancienne forme de vie animale connue à ce jour. © Université de Saint Andrews

Otavia Antiqua est la plus ancienne forme de vie animale connue à ce jour.
© Université de Saint Andrews



Une équipe internationale de dix chercheurs a mis au jour en Namibie, essentiellement dans le parc national d’Etosha situé au nord du pays, ce qu’elle estime être la première forme de vie animale. Les fossiles de cette éponge microscopique, baptisée Otavia Antiqua, ont été dénichés au cœur de roches marines dont les plus anciennes datent de -760 millions d’années.

Jusqu’à cette trouvaille, la communauté scientifique estimait que l’apparition des premiers animaux sur notre planète se situait entre -650 et -600 millions d’années. Ces travaux repoussent donc de 100 à 150 millions d’années la date estimée d’apparition de la vie animale. Ces conclusions coïncident avec les estimations des généticiens sur la date d’apparition des premiers êtres vivants multicellulaires. 

Ce minuscule invertébré, de la taille d’un grain de poussière et percé d’ouvertures lui permettant vraisemblablement de se nourrir, est donc bien l’un de nos plus lointains ancêtres. « Si vous prenez notre arbre généalogique et que vous le remontez jusqu’à ce que l’on appelle le groupe souche, l’ancêtre de tous les animaux, ce serait notre arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière grand-mère », a confirmé Tony Prave, co-auteur de ces travaux, à l’AFP.

Cette découverte implique que le saut évolutif de la bactérie à l’animal doit être recherché bien plus tôt que ce que la communauté scientifique estimait. Contrairement à ce qu’elle pensait jusqu’alors, des animaux se sont donc développés en amont, et ont survécu, à la période de glaciation extrême a sévi il y a environ 700 millions d’années.


Guillaume Huault-Dupuy

La rive gauche, symbole du renouveau bordelais

La reconversion du port de Bordeaux en zone piétonne consacrée à la détente s’est achevée en 2009. Elle a permis à la ville de se réconcilier avec son fleuve.


(1) Parc des sports - (2) Place de la Bourse - (3) Prairie des Girondins - (4) Quai des Chartrons - (5) Quai de Bacalan (D.R.)


Des façades noircies par le temps et la pollution, des hangars portuaires désaffectés, des seringues sur le sol… La rive gauche de la Garonne n’a pas toujours fait la fierté de Bordeaux. Au début des années 1990, l’ancien port de la ville était encore un espace malfamé, soigneusement évité par ses habitants. La Garonne leur était presque invisible. Sous l’impulsion d’Alain Juppé, maire de Bordeaux, un vaste projet de rénovation a été lancé pour remettre les quais au centre de la capitale girondine.

Dès 1995, l’illumination de la place de la Bourse marque le point de départ de la transformation des quais. Les travaux se poursuivent en 1997 avec le ravalement des façades XVIIe qui retrouvent leur blondeur d’antan. Mais c’est en 1999 qu’est lancé le vaste projet d’aménagement des quais qui se fera en cinq tronçons successifs. Quatre font l’objet d’un concours, remporté par l’architecte paysagiste Michel Corajoud (1 à 4 sur l’infographie). Il est chargé de concevoir une promenade urbaine le long de la Garonne. La cinquième partie vise à réhabiliter des hangars en ensemble commercial : le « Quai des marques » (5).

Un espace plébiscité par les bordelais et les touristes

Le projet piloté par Michel Corajoud s’inscrit dans une volonté de partage de l’espace public et d’épuration des quais. Une petite révolution pour une ville qui avait plutôt pour habitude de privilégier les automobilistes. La zone réservée aux piétons, cyclistes, ou autres skateboarders, s’étale désormais sur une bande de 80 mètres de large et de 4,5 kilomètres de long, de la gare Saint-Jean aux Bassins à flot. L’espace est structuré par des aménagements minimalistes afin de permettre de nombreuses installations en cas de manifestations. Cette configuration permet notamment d’accueillir temporairement sur les quais le marché de Saint-Michel, pendant le réaménagement de la place.


Parallèlement à la mise en place du tramway, la mutation des quais a participé à l’élargissement du centre-ville, tout en facilitant la jonction avec la rive droite alors isolée du reste de Bordeaux. Les bordelais se sont très rapidement appropriés cet espace consacré aux loisirs, à la détente et aux rassemblements. Les touristes s’y massent toute l’année pour apprécier les nombreux bâtiments d’exception, classés ou inscrits au titre des Monuments historiques, qui jalonnent la promenade. Les matériaux des sols, les essences plantées, les éclairages, le mobilier urbain… Tout a été pensé pour respecter l’harmonie avec les façades du XIIe siècle. La rive gauche est devenue l’un des pôles d’attraction majeurs de la ville.

Le miroir d’eau, placé entre la Garonne et la place de la Bourse, est le symbole de l’appropriation des quais par les habitants. Imaginé par Michel Corajoud, il connaît vite un succès inattendu. Détourné de sa fonction décorative, il permet aux promeneurs de se rafraîchir les chaudes journées d’été. Le soir, ses abords deviennent un lieu de rendez-vous pour les jeunes fêtards qui n’ont pas toujours les moyens de fréquenter les bars. Cet amour retrouvé pour les quais s’explique aussi par la création de terrains de sport et d’un skatepark libres d’accès, ainsi que d’espaces verts, qui sont constamment pris d’assaut.

La réussite du chantier dirigé par Michel Corajoud n’est pas indifférente dans l’inscription de Bordeaux au patrimoine mondial de l’Unesco en 2007. La ville est le premier ensemble urbain distingué sur un périmètre aussi étendu. La zone classée s’étend sur 1810 hectares, soit près de la moitié de la superficie de la ville, de l’intérieur des boulevards à la Garonne incluse.


Guillaume Huault-Dupuy

Le Fiacre, résistant rock’n’roll

Bar mythique du milieu rock bordelais, Le Fiacre a connu son âge d’or dans les années 1980-1990. En février, il change de propriétaire, l’occasion de faire un état des lieux.


L’atmosphère est étouffante, les guitares résonnent et la bière coule à flot : bienvenue dans la célèbre cave du Fiacre, haut-lieu de la scène underground bordelaise. Situé à deux pas de la place Pey-Berland, en plein centre historique, le plus vieux bar-rock de la ville est devenu mythique. D’abord par son histoire – l’endroit est classé aux Monuments Historiques et existe sous ce nom depuis 1870 – mais aussi grâce aux groupes qui se sont produits dans sa cave depuis sa création : Eiffel, Déportivo, Asyl… Daniel Darc, lauréat 2005 de l’album révélation de l’année aux Victoires de la musique, avec « Crève Cœur », avait l’habitude d’y jouer dans les années 1990.

« J’ai commencé à travailler au Fiacre il y a plus de 20 ans et réalisé le rêve de le racheter en 2005, explique Sébastien Potet au journal Sud-Ouest. Depuis le temps, j’en ai fait le tour, me battant pour la scène et notre passion à tous : le rock’n’roll ». Ce véritable mordu de musique est également chanteur harmoniciste d’Ombre Rouge, un groupe contestataire qui jouit d’une belle réputation dans la capitale girondine. Le quintet s’est d’ailleurs produit en live le 28 janvier, pour la dernière soirée de l’ex-patron à la tête du bar.


Nouveau propriétaire, mêmes combats

Récemment menacé de fermeture administrative, suite aux plaintes répétées d’un riverain pour tapage nocturne, le bar-concert change de propriétaire cette semaine. « Mon successeur nancéen a les mêmes intentions que moi et j’espère qu’il pourra permettre à ce lieu de vivre le plus longtemps possible, ajoute Sébastien Potet. Pour l’insonorisation, j’ai fait une étude acoustique en septembre, suivie de travaux d’amélioration. Il ne devrait plus y avoir de soucis avec les voisins. »

Dans ce décor XIXe siècle, l’ambiance est conviviale, d’autant plus que le lieu est minuscule. On y croise beaucoup de passionnés, souvent issus de l’univers musical. La réputation du Fiacre dépasse les frontières de Bordeaux et il n’est pas rare d’y boire un verre en compagnie d’un musicien de renom. « Anecdote d’anthologie : devant l’entrée se trouvait Jean-François Stévenin, admiratif du lieu, se souvient Sébastien Potet. Je lui ai demandé de prendre place et nous nous sommes enfilés une bouteille de whisky à deux, en parlant de ciné et de rock’n’roll. »

Depuis octobre 2011, le Fiacre fait partie de la fédération nationale des « cafés culture », ou Collectif Bar-Bars – tout comme L’Azuli, El Boqueron, El Chicho, Chez Le Pépère, Le Lucifer, Le Saint Ex et le Wunderbar à Bordeaux. Les adhérents au collectif s’unissent pour être reconnus comme des acteurs culturels et améliorer le dialogue avec les pouvoirs publics. Le Collectif Bar-Bars compte doubler rapidement son nombre de membres, pour avoir plus de poids et avancer certaines demandes. Il souhaite notamment la mise en place d’un dispositif de conciliation, en cas de problèmes, pour éviter les sanctions systématiques.


Guillaume Huault-Dupuy

The Artist : beaucoup de bruit pour rien

Malgré la justesse de son duo d’acteurs, le film muet de Michel Hazanavicius pêche par un scénario fade et attendu.

The Artist collectionne les récompenses et compte 10 nominations aux Oscars. (D.R.)


Un film muet à l’ère de la 3D ! A première vue, l’idée est séduisante. Malheureusement, avec un scénario simplissime et une intrigue convenue, The Artist ennuie plus qu’autre chose. De peur de perdre le spectateur, Michel Hazanavicius lui sert ce qu’il a déjà vu maintes et maintes fois au cinéma.

L’intrigue du film repose sur une amourette sans grande originalité. En 1927, George Valentin est une star hollywoodienne du cinéma muet. Tout lui sourit jusqu’à l’arrivé des films parlants qui vont le mener à la ruine et à la dépression. De son côté, Peppy Miller suit le chemin inverse. Jeune figurante au départ, elle est rapidement propulsée en haut de l’affiche. Amoureux dès le premier regard, la célébrité et l’orgueil vont les éloigner. Chaque rebondissement tombe désespérément à plat, trop prévisible.

Au final, on ressort frustré de la projection tant le potentiel du film était grand. Jean Dujardin y tient là son meilleur rôle et Bérénice Béjo irradie l’écran par sa fraicheur et son talent. Mais ça ne suffit pas à faire un bon film. Pour apprécier une œuvre muette, en noir et blanc, préférer le film d’époque.


Guillaume Huault-Dupuy

Alcatraz tarde à dévoiler ses mystères

Avec Alcatraz, le créateur de Lost J.J. Abrams signe un retour réussi sur le petit écran. Sans prise de risque mais avec maîtrise.

(D.R.)


Alcatraz, c’est la nouvelle série événement de ce début d’année. Attendue de pied ferme par les orphelins de Lost, la nouvelle série de J.J. Abrams est diffusée sur la chaine Fox aux Etats-Unis, et sur le service VOD de TF1 en France. Le pilote, suivi la semaine dernière par dix millions d’Américains, a posé les bases de l’intrigue.

L’histoire est simple : les 302 prisonniers et gardiens de la fameuse prison d’Alcatraz n’ont pas été transférés en 1963, ils se sont volatilisés. Cinquante ans plus tard, ils réapparaissent sans avoir pris une ride afin d’assouvir leurs pulsions criminelles. Une équipe de choc est constituée pour remettre ces malfaiteurs derrière les barreaux et élucider le mystère. Rebecca Madsen (Sarah Jones), agent du FBI, et Diego Soto (Jorge Garcia), auteur de BD spécialiste de la prison, se démènent sous les ordres du mystérieux Emerson Hauser (Sam Neill).

Après la diffusion du troisième épisode, il est difficile de juger Alcatraz. Le démarrage est plaisant, sans être tranchant, mais on sent que J.J. Abrams en garde sous la semelle. Pour le moment, il se contente de recycler les vieilles recettes qui marchent en empruntant aussi bien aux 4400 qu’à Lost. Il y ajoute bien sûr sa touche personnelle, teintée de mystères et d’intrigues inexpliquées, mais sans le charme de cette dernière.

J.J. Abrams, avec cette nouvelle aventure, semble privilégier la maîtrise à la prise de risques. Sans réelles surprises, chaque épisode en révèle un peu plus sur la trame générale, tout en suivant l’histoire d’un prisonnier jusqu’à son arrestation. Avec une histoire plus simpliste, il estime que « les spectateurs rentreront plus facilement dans le jeu que pour “Lost” ». Même si la série peine pour l’instant à trouver son rythme, on connaît trop bien le producteur pour savoir qu’il réserve toujours des surprises et des rebondissements à ses fans. Il ne reste plus qu’à les attendre.

Guillaume Huault-Dupuy

Le palace volant commandé par Ben Ali est à vendre


La compagnie nationale Tunisair cherche à se débarrasser de l’Airbus A340 aménagé pour l’ex-président Ben Ali. L’engin, stationné à Mérignac, encombre le gouvernement tunisien.


Une décoration signée Louis Vuitton, une chambre, plusieurs salons… Pour son avion personnel, l’ancien dictateur Zine El Abidine Ben Ali avait vu les choses en grand, à son image. Dans sa version commerciale, l’Airbus A 340 choisi par l’ex-président tunisien est si vaste qu’il peut accueillir 300 personnes. L’appareil est équipé de quatre réacteurs, chose rare pour un avion destiné à un usage personnel car très gourmand en carburant. Il affiche une autonomie de 16.600 kilomètres, soit 4.100 kilomètres de plus que le nouvel avion, plus petit, de Nicolas Sarkozy. L’engin aurait coûté entre 250 et 300 millions d’euros à la compagnie nationale Tunisair. Selon certaines sources, Ben Ali lui-même aurait fait un voyage à son bord, pour le tester, avant que l’aménagement ne soit mis en œuvre.

Depuis, la révolution tunisienne a entraîné la fuite du dictateur et totalement bouleversé les plans de Tunisair. Devenu superflu, l’A 340 a été mis sur le marché par la compagnie aérienne. « Le gouvernement tunisien nous a autorisés à le mettre à la vente en janvier, après la révolution », a confirmé à l’AFP Soulefa Mokaddem, porte-parole de Tunisair. Quatre à cinq acheteurs potentiels, un Etat et des particuliers, se seraient déjà manifestés auprès de la compagnie mais aucun contrat n’a encore été conclu. L’achat d’un quadriréacteur, extrêmement coûteux à l’usage, n’est pas à la portée de toutes les bourses.



La Tunisie a déjà un avion présidentiel

Jusqu’à la vente, l’avion représente un fardeau pour le nouveau gouvernement tunisien. Au vu du contexte actuel, les autorités tunisiennes ne peuvent évidemment pas se permettre de voler dans un appareil aussi luxueux. D’autant plus que Tunisair dispose déjà d’un Boeing 737, mis à la disposition des autorités du pays depuis plusieurs années. Le nouveau président tunisien, Moncef Marzouki, l’a d’ailleurs utilisé une fois depuis son arrivée au pouvoir.

Pour le moment, l’appareil est entre les mains de Sabena Technics à Mérignac. L’entreprise, spécialisée dans la maintenance aéronautique, était chargée de réaliser l’aménagement de l’avion présidentiel selon les exigences de Ben Ali. L’Airbus A 340 est arrivé en Gironde un mois seulement avant que n’éclate la révolution tunisienne mais, au moment des bouleversements, les travaux étaient trop avancés pour faire machine arrière. Aujourd’hui, les transformations sont achevées et l’appareil attend son futur propriétaire, cloué sur le parking de Sabena Technics.


Guillaume Huault-Dupuy

Logements sociaux : Hollande peut-il faire bouger Bordeaux ?

François Hollande a proposé dimanche de multiplier par cinq les sanctions à l’encontre des communes ne respectant pas la loi SRU sur le logement social. Bordeaux et ses 6.000 logements sociaux manquants fait partie des mauvais élèves.


Le premier meeting de François Hollande, au Bourget, a fait couler beaucoup d’encre depuis dimanche. Déterminé à remettre la mixité sociale au centre des débats pour les présidentielles, le candidat socialiste veut multiplier par cinq la taxe prévue en cas de non respect de la loi SRU. Le but affiché est de pousser les communes en faute à agrandir leur parc social. Cela concerne les villes de plus de 3500 habitants qui n’atteignent pas le seuil de 20 % de logements sociaux.

Bordeaux fait partie de ces mauvais élèves. Avec 20 200 logements sociaux pour 130 000 résidences principales, soit 15,5 % du parc total, elle peine à se rapprocher de l’objectif fixé en 2001 par la loi SRU. « On part de très loin. C’est une course de fond avec les promoteurs privés qui ne nous attendent pas pour construire. Ils ont des moyens plus importants et moins de contraintes que nous, avoue Ouahid Dorbane, directeur du logement et de l’habitat à la mairie de Bordeaux. On court derrière mais on n’arrive pas à combler le retard. »

La capitale girondine dispose tout de même d’une petite marge de manœuvre pour se rapprocher des exigences de la loi SRU. Mais pour qu’elle atteigne le quota minimum de logements sociaux, la ville va devoir passer la vitesse supérieure et faire des concessions. « A la place du maire, je ferais ce qu’a évoqué François Hollande, c’est-à-dire donner gratuitement des terrains de l’Etat aux bailleurs sociaux, propose Michèle Delaunay, députée socialiste de la seconde circonscription de la Gironde. Je me souviens de cette énorme demeure, rue du Jardin Public, qui aurait pu faire 60 à 80 logements sociaux. Elle appartenait à l’Etat mais on l’a vendue à des bailleurs privés parce qu’ils donnaient davantage… »


L’opposition souhaite une mesure nette et coercitive

Actuellement, les communes sont sanctionnées financièrement sur la base d’un calcul complexe : celles qui ne respectent pas les quotas doivent payer une pénalité de 20 % du potentiel fiscal par habitant multiplié par le nombre de logements manquants, avec un plafond de 5 % des dépenses réelles de fonctionnement de la commune. Le problème, c’est que François Hollande n’a pas encore précisé s’il souhaitait augmenter le plafond de 5 à 25 % ou s’il voulait faire passer l’assiette sur l’intégralité du potentiel fiscal par habitant. Il pourrait également multiplier directement par cinq l’amende théorique (avant exonération fiscale) ou celle effective (après exonération fiscale). « Une mesure ne se résume pas à une phrase, tempère Michèle Delaunay. Ce que François Hollande n’a pas eu le temps de dire dans son discours, c’est que cette taxe ne devra pas être maquillée, comme à Bordeaux où la mairie la compense par ses investissements. »

En théorie, Bordeaux serait effectivement condamnée à payer 1,2 million d’euros d’amende pour l’année 2011. Mais en pratique, la ville n’a pas eu à débourser un centime. Avec 1,4 million d’euros de subventions versées aux bailleurs sociaux, la municipalité a bénéficié pleinement de la déduction de dépenses liées au logement social prévue par le code de la construction. La pénalité étant inférieure aux investissements, la ville est totalement exonérée. Ce mécanisme permet d’éviter de pénaliser des villes historiquement pauvres en logements sociaux mais qui montrent une volonté de combler leur retard. Ainsi, l’Etat n’a perçu en 2010 que 31 millions d’euros au titre des amendes versées par les communes, au lieu des 76 millions théoriques.

Les élus bordelais de l’opposition demandent à leur candidat une mesure réellement contraignante, pour que la municipalité ne puisse plus se dérober à ses obligations. « Il faut que la sanction soit nette, que cela soit une vraie pénalité, une contribution au budget de l’Etat, exprime Michèle Delaunay. Pour l’instant, il n’y a pas d’authentique amende qui touche directement au portefeuille des bordelais. » Pour que la construction de logements sociaux décolle à Bordeaux, François Hollande est donc prié de muscler et de clarifier son propos.


« On n’a pas attendu l’annonce de François Hollande »

La bataille n’est pas nouvelle : depuis octobre 2010, la capitale girondine a mis en place un plan d’action plus volontariste sur le logement social, sous la pression de la Communauté Urbaine de Bordeaux (CUB). Pour les opérations d’aménagement de grande envergure, la mairie oblige désormais les promoteurs privés à construire 35 % de logements sociaux. Cela concerne par exemple les Bassins à flot, la Bastide, ou encore l’opération d’intérêt national Bordeaux Euratlantique. La ville étant couverte en grande partie par un Secteur de Diversité Sociale (SDS), chaque opération de plus de 28 logements, ou d’une surface supérieure à 2500 m2, devra également comprendre au moins 25 % de logements sociaux.

La mairie s’est fixée comme objectif de tendre vers une moyenne de 700 nouveaux logements sociaux par an. « C’est très compliqué de prévoir quand on atteindra les 20 % mais on n’a pas attendu la proposition de François Hollande pour agir, se défend Ouahid Dorbane. On fait notre possible pour combler le retard mais cela va prendre du temps. » La date butoir fixée par la loi SRU pour atteindre les quotas est 2020. Il reste donc huit ans à la municipalité pour augmenter son parc social et se mettre en conformité avec la loi.

« La mesure proposée par François Hollande peut se révéler efficace, mais pour les municipalités qui ne font pas d’efforts, explique Ouahid Dorbane. Les villes comme Bordeaux, qui soutiennent la réalisation de logements sociaux, ne sont pas concernées car elles seront toujours exonérées : multiplier une amende nulle par cinq ne risque pas de l’aggraver ! » Pour le moment, chacun interprète la proposition du candidat socialiste comme ça l’arrange… Les spécialistes du logement, convaincus que la loi SRU est un thème majeur de la campagne présidentielle, ne doutent pas que d’autres propositions seront mises sur la table d’ici le mois de mai.

Guillaume Huault-Dupuy


La carte des communes manquant de logements sociaux, réalisée par Libération avec les chiffres de 2009 

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En école de journalisme, on travaille beaucoup mais on ne publie pas toujours. Pour ne pas perdre mon temps, ni celui de mes interviewés, j’ai décidé de vous faire partager ces quelques papiers.

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